Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°33

29 août 2026 · Dacadi Hebdo n°147

Echos d'ECO

Bernard Roth Tania de Pornichet

On fait campagne en poésie, puis on gouverne en prose

— Zohran Mamdani,

35 ans,
Maire de New York

Prologue

L’humanité pourrait déjà être passée sous le seuil de renouvellement des générations

Un à deux centièmes d’enfants par femme seulement séparent l’indice synthétique de fécondité mondial du taux de remplacement — un écart dans la marge d’erreur des données disponibles.

L’humanité serait ainsi vraisemblablement déjà passée sous le seuil de 2,2 enfants par femme requis pour le renouvellement des générations, ce qui ne s’est jamais produit, même durant des guerres ou des pandémies.

Selon une étude publiée le 10 août par les économistes Jesús Fernández-Villaverde et Patrick Norrick, aucune explication unique ne permet à elle seule de rendre compte de la chute mondiale de la fécondité.

Les auteurs avancent ainsi une conjecture : la modernité rendrait un troisième enfant coûteux et le fait de ne pas avoir d’enfants peu coûteux, les retraites et la santé publique remplissant désormais les fonctions qu’assuraient autrefois les enfants — y compris dans les pays à revenus intermédiaires.

La hausse du coût de la vie dissuaderait ainsi les familles d’avoir plus de deux enfants, à l’exception des ménages aisés qui peuvent externaliser ces coûts.

Depuis les années 1980, la relation entre revenu et fécondité s’est inversée aux États-Unis, les familles aisées ayant en effet plus d’enfants que les familles modestes.

En Chine, la part des 18-24 ans qui déclarent ne vouloir aucun enfant est passée de 5 % en 2012 à 32 % en 2023 — soit une multiplication par trois entre 2012 et 2021 puis par deux entre 2021 et 2023.

Grand Continent — 19 août 2026


Échos d’Eco

Umberto Eco

Umberto Eco

« Une poule est l’artifice qu’utilise un œuf pour produire un autre œuf »

Umberto Eco

Le prix Alphonse Allais 2015 a été attribué à Umberto Eco pour l’ensemble de son œuvre.

L’écrivain italien n’a jamais caché son admiration pour l’humoriste honfleurais, qu’il considère comme l’un des plus grands auteurs de langue française.

Umberto Eco sur le plateau de 7/7

7/7 : Umberto Eco, Anne Sinclair

« Auparavant, les medias parlaient du monde, aujourd’hui les medias parlent des medias…. Le monde vit pour aboutir à une émission de télévision »

17/06/1990

Voir la vidéo

https://www.youtube.com/watch?v=5eS5GRzO81Y


Pastiches et postiches

Pastiches et postiches, Umberto Eco

Traducteur : Bernard Guyader — Éd. 10/18, 1998

On découvrira Nonita, récit inspiré de Nabokov où le jeune héros brûle d’amour pour une octogénaire décatie.

On fera aussi ses délices d’une version inédite de l’Ancien Testament et on se délectera de la retransmission en direct de la découverte de l’Amérique par Colomb, commentée en duplex par Luther et Léonard de Vinci.

Babelio

Umberto Eco

Photographié par Oliver Mark à Milan en 2011.

Extraits de « Nous sommes au regret de ne pouvoir publier votre ouvrage » (chapitre 1)

I

« C’est assurément un ouvrage important, peut-être un peu trop long mais en le débitant en volume de poche ça pourra se vendre ; pas tel quel, attention ! il faut un gros travail de edating.

Il y a, par exemple, toute la ponctuation à revoir.

Les phrases sont trop laborieuses ; certaines prennent une page entière.

Avec un beau rewriting qui les ramène à la mesure de 2 ou 3 lignes chacune, en coupant davantage, en allant à la ligne plus souvent on arriverait sûrement à faire quelque chose de ce texte.

Si l’auteur n’est pas d’accord il vaut mieux laisser tomber.

Sous sa forme actuelle l’ouvrage est comment dire — trop asthmatique ? »

Référence : Proust Marcel, « À la recherche du temps perdu »

II

Je dois dire que quand j’ai commencé à lire le manuscrit, et durant les premières centaines de pages, j’ai été enthousiasmé. Il est plein d’action et on y trouve tout ce que le lecteur demande aujourd’hui à un livre d’évasion : du sexe (beaucoup) avec des adultères, de la sodomie, des meurtres, des incestes, des guerres, des massacres et ainsi de suite… Puis, en allant plus loin, je me suis aperçu qu’il s’agissait en fait d’une anthologie de différents auteurs… le résultat, c’est un salmigondis monstrueux, qui risque de ne plaire à personne, parce qu’il y a de tout.

Et puis, ça va être un sacré problème pour diviser les droits d’auteur, à moins que celui qui a établi le texte ne traite au nom de tous les autres.

Mais je ne trouve son nom nulle part, pas même dans l’index, comme s’il y avait une réticence à le mentionner.

Personnellement, je conseillerai de traiter pour voir si on peut publier les cinq premiers livres. Là, nous marchons en terrain sûr.

Avec un titre du genre : « Les désespérés de la Mer Rouge »

Référence : Auteurs anonymes, La Bible


Cinq questions de morale

Cinq questions de morale, Umberto Eco

Traductrice : Myriem Bouzaher, 2000 — Éd. Grasset

Cinq questions de morale, cinq thèmes :

  • 1° Sur la guerre, rassemblant ses interventions sur la guerre du Golfe et sur celle du Kosovo.
  • 2° Sur le « fascisme », qui lui a été inspiré par l’attentat d’Oklahoma en 1995.
  • 3° Sur la presse, qui traite des problèmes de la liberté de critique dans une démocratie.
  • 4° « Quand l’autre entre en scène », consacré à la question de l’altérité, donc du racisme, dans le monde.
  • 5° Sur « la tolérance et l’intolérance », plus spécialement consacré, dans le cadre de l’Académie Universelle des Cultures, aux grandes questions identitaires qui restent la matrice des affrontements en Europe, au Proche-Orient et en Afrique.

Eco dresse de lui-même, dans ce volume, le portrait d’un franc-tireur qui ne résiste pas au plaisir de penser — et de penser juste.

Librairie Point Lire

Une part importante du travail d’Umberto Eco a consisté en une analyse du rapport entre fiction et réalité.

La fiction est un instrument de médiation qui vise à stimuler une meilleure compréhension du monde.

Elle est un outil d’interprétation.

La position du lecteur et de l’individu dans le réel est une position comparable puisqu’elle sollicite, tant dans le cadre de la lecture que de la vie quotidienne, une mise en récit des éléments proposés.

Dans les deux cas, il s’agit de faire récit.

Le roman est une forme réflexive sur les influences entre le monde réel et les mondes possibles.

Wikipedia


Les grands romans

Publiés chez Grasset, traduits par Jean-Noël Schifano

1980 : Le nom de la rose

Le nom de la rose

Premier roman du théoricien du langage italien Umberto Eco.

Publié en 1980 en Italie, traduit en français en 1982. La même année, il reçoit le prix Médicis étranger. Le roman, qui rencontre un succès considérable, apporte une renommée internationale à son auteur.

C’est un roman policier dont l’intrigue se situe au Moyen Âge.

En 1327, le moine Guillaume de Baskerville, accompagné de son jeune novice, enquête sur une série de morts mystérieuses dans une abbaye en pleine montagne. Le meurtrier recherché est peu commun puisqu’il s’agit… d’un livre ! Plus qu’un roman policier, Le Nom de la rose est une réflexion sur des thèmes majeurs : la pauvreté dans l’Église, l’amour profane, l’opposition entre la raison et la foi aveugle…

Le livre d’Umberto Eco a été adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery et Christian Slater.

Source : BNF


1990 : Le pendule de Foucault

Le pendule de Foucault

Trois piliers de la maison d’édition Garamond : Belbo, Diotallevi et Casaubon, jouant avec leur intelligence, trouvent les bons indices d’un complot, lequel, né au moment de la suppression de l’ordre des Templiers par Philippe le Bel en 1312, aurait traversé l’Histoire jusqu’à nos jours.

Nos trois amis ont donc inventé un Plan, par jeu intellectuel, mais sont pris au sérieux par un groupe d’illuminés qui jouent de leurs pouvoirs policiers et politiques pour leur faire dire où se trouve la carte du mystère, carte purement et simplement inventée.

Le parchemin crypté, message chiffré du début, n’était qu’une liste de la ménagère, mais le jeu des uns est devenu enjeu vital pour les autres qui n’hésitent plus à tuer pour s’emparer d’un secret inexistant.

Jeux vertigineux des miroirs, style très riche et de tous les niveaux, de l’argot au plus littéraire, du plus dramatique au plus humoristique. Poignants portraits de femmes, Lia, Amparo, Lorenza… Historiquement bien enraciné dans notre époque, le roman, dans son mouvement de pendule, traverse tous les siècles pour toujours revenir au nôtre, en un jeu créateur fascinant.

Source : Grasset


1996 : L’île du jour d’avant

L’île du jour d’avant

À travers l’odyssée de Roberto de la Grive, tour à tour guerrier, savant et agent secret, puis naufragé non loin du mythique 180e méridien — celui qui sépare aujourd’hui d’hier — c’est à un carrousel ininterrompu de personnages, d’événements et d’idées que nous sommes conviés. Campagnes de la guerre de Trente Ans, salons parisiens, intrigues diplomatiques, jeux de l’amour, de l’art, de la pensée : rien n’échappe au tourbillon d’une époque où les découvertes de la géographie et de l’astronomie bouleversent les consciences.

Tour à tour roman encyclopédique, roman d’initiation, roman d’amour, ce somptueux opéra baroque nous renvoie aussi, en de fascinants jeux de miroir, aux vertiges de notre fin de millénaire.

Source : Babelio


2002 : Baudolino

Baudolino

Né en 1141 dans le sud du Piémont, le héros éponyme est adopté, adolescent, par le futur empereur Frédéric Barberousse.

Le récit est la narration que Baudolino fait de sa vie, soixante ans plus tard, au dignitaire et historien byzantin Nicétas Choniatès.

Dans l’ensemble de l’œuvre, des faits historiques racontés avec précision se mêlent à une imagination proche des Mille et Une Nuits (comme les voyages de Sindbad) et des thèmes de romans d’aventures (ici à proprement parler picaresques), voire policiers.

Comme toujours, Umberto Eco adore reprendre des éléments linguistiques et historiques spécifiquement piémontais, ou lancer quelques piques sur le monde étudiant qu’il connaît bien.

Source : Wikipedia


2005 : La mystérieuse flamme de la reine Loana

La mystérieuse flamme de la reine Loana

À travers la recherche de la jeune fille aimée, ce roman restitue par les yeux d’un enfant la chronique familiale et politique des vingt années du fascisme italien.

Une fresque intime et historique, pleine de la fureur des livres, des bulles de B. D., de dessins et de photos de revues, de chansons et de musique, comme seul Umberto Eco pouvait nous la peindre, avec sa science joueuse et son humour, ses larmes et ses éclats de rire.

Entre l’enfer de l’Histoire, le purgatoire de l’enfance et le paradis de l’amour, jusqu’à la dansante apocalypse finale.

Source : Babelio


2011 : Le cimetière de Prague

Le cimetière de Prague

De Turin à Paris, en passant par Palerme, nous croisons une sataniste hystérique, un abbé qui meurt deux fois, quelques cadavres abandonnés dans un égout parisien.

Nous assistons à la naissance de l’affaire Dreyfus et à la création de l’évangile antisémite, Les Protocoles des sages de Sion.

Nous rencontrons aussi des jésuites complotant contre les francs-maçons, des carbonari étranglant les prêtres avec leurs boyaux.

Les ingrédients sont donc réunis pour faire de ce savoureux feuilleton un diabolique roman d’apprentissage.

Tout est vrai ici, à l’exception de Simon Simonini, protagoniste dont les actes ne relèvent en rien de la fiction mais ont probablement été le fait de différents auteurs.

Qui peut, cependant, l’affirmer avec certitude ?

Lorsque l’on gravite dans le cercle des agents doubles, des services secrets, des officiers félons, des ecclésiastes peccamineux et des racistes de tous bords, tout peut arriver…

Source : Grasset


2015 : Numéro zéro

Numéro zéro

Numéro zéro est une fable autour de la théorie du complot : ce n’est pas Benito Mussolini qui aurait été fusillé en avril 1945, mais un sosie, ce qui aurait permis au dictateur de disparaître sans être inquiété dans l’attente d’un hypothétique retour…

Ce petit polar burlesque, certes pamphlet au vitriol du monde des médias (les Échos), roman de la guerre du faux, n’est pas le meilleur roman d’Umberto Eco, et exige une bonne connaissance de la vie politique italienne pour apprécier correctement l’ironie.

Source : Wikipedia


Le faux, le signe et le rire

Le racisme « classique » est un produit de la pauvreté, contre celui qui est un peu différent et occupe une place à la place des pauvres.
L’antisémitisme est une construction intellectuelle froide et élaborée des théoriciens.

À l’ère des fake news et autres faits alternatifs, il est revigorant de relire ce qu’Umberto Eco avait à dire sur le sujet.

Umberto Eco

Sa sémiotique (l’étude des signes et du sens) est directement liée à sa vision de l’humour et du faux.

Pour Eco, le faux et le rire naissent des mêmes mécanismes de langage.

I.La définition du signe par le mensonge

Eco définissait la sémiotique comme « la science de tout ce qui peut être utilisé pour mentir ». Si un signe peut servir à dire la vérité, il peut aussi servir à tromper.


II.Le faux comme construction parfaite

Le faux n’est pas un accident, c’est une possibilité naturelle du langage.

Dans ses essais, Eco analyse comment l’humain crée des répliques plus vraies que nature (comme à Disneyland).

Une fausse relique ou un faux document historique (comme les Protocoles des Sages de Sion ou les mystères du Pendule de Foucault) peut transformer la réalité historique simplement parce que les gens décident d’y croire.


III.L’humour comme rupture des règles sémiotiques

L’humour naît lorsqu’un texte brise volontairement les règles logiques ou culturelles attendues.

Il survient quand le lecteur réalise qu’on a joué avec ses attentes.

Source : Perplexity IA


À voix nue

« Umberto Eco, un intellectuel hors limites »
5 podcasts de 30 mn chacun


Dacécoute : « Assis par terre », Alain Souchon (1977) et avec ses fils Pierre et Ours (2025)

Le trio formé par Alain Souchon et ses fils, Ours et Pierre, a conquis un public nombreux et enthousiaste.

Reprenant la route à 82 ans, sur les conseils de son médecin, la scène s’est avérée pour Alain Souchon un véritable stimulant bénéfique, contribuant à son bien-être personnel.

« Assis par terre » est une invitation à la simplicité et à la pause, un titre chaleureux où se mêlent douceur des arrangements et profondeur des paroles d’Alain Souchon.

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Écouter « Assis par terre »


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