Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°34

5 septembre 2026 · Dacadi Hebdo n°148

Dernières balades de l'été…

Bernard Roth Tania de Pornichet

Les discours ne font pas cuire le riz

— Proverbe chinois

« Plus on est de fous, moins il y a de riz »

Coluche

Coluche

Dernières balades de l'été…

Alamut, Ljubljana, Graz

I.Balade dans le temps : Vladimir Bartol (1903-1967)

Vladimir Bartol

Vladimir Bartol, né Trieste dans le Littoral autrichien et mort à Ljubljana, est un écrivain slovène.

Introducteur des théories de Freud dans la Yougoslavie d'avant la Seconde Guerre mondiale, féru de philosophie (traducteur de Nietzsche) et de biologie, il se veut d'abord essayiste.

Son roman, Alamut, publié en 1938, s'est progressivement imposé comme un grand classique d'une surprenante modernité.

Traduit en tchèque (1946), en serbe (1954), en français (1988), en espagnol (1989), en italien (1989), en allemand (1992), en turc et en persan (1995), puis en arabe, en grec, en coréen, en anglais et dans d'autres langues.


Alamut

Alamut

Alamut raconte l'histoire de Hassan ibn Sabbah, chef des ismaéliens retranché dans la forteresse d'Alamut, en Perse, à la fin du XIe siècle.

Il y organise un pouvoir fondé sur la discipline, la manipulation religieuse et l'endoctrinement de jeunes combattants prêts au sacrifice.

Wikipedia

Le roman suit deux personnages :

  • Avani ibn Tahir, jeune homme recruté et formé comme fedayin,
  • Halima, une jeune femme intégrée au dispositif de séduction et d'illusion mis en place par Hassan.

Hassan fait croire à ses adeptes, notamment à l'aide de haschisch, qu'il peut leur ouvrir les portes du paradis, afin d'obtenir une obéissance absolue et de les pousser à commettre des assassinats politiques.

BNFA, Bibliothèque Numérique Francophone Accessible

Le livre montre comment un chef charismatique peut fabriquer la croyance, modeler des fanatiques et utiliser la foi comme instrument de domination.

Il a été sarcastiquement dédié à Mussolini et le message anti-idéologique ne pourrait pas être plus clair.

Mussolini ne s'est jamais retrouvé dans les tranchées au milieu des bombes et des balles mais a envoyé des milliers et des milliers de jeunes à leur mort.

Les innocents sont toujours les victimes de l'idéologie.

Les « Assassins » désignent à l'origine un groupe ismaélien nizarite fondé au XIe siècle, en Perse et en Syrie.

Une tradition occidentale, popularisée notamment par des récits médiévaux et repris plus tard par Marco Polo, mais aujourd'hui contestée, a raconté que ces combattants étaient drogués au haschisch (= haschischins) avant leurs missions.

Le motif du haschisch a été repris par Baudelaire, notamment dans « Les fleurs du mal » (1860) comme image de l'illusion et de l'enchantement trompeur, un « paradis » de substitution, fascinant mais mensonger car artificiel…

Le Club des haschischins désigne un cercle parisien du XIXe siècle, lié à des expériences littéraires et médicales du haschisch.

Ses réunions avaient lieu à l'hôtel Pimodan, aussi appelé hôtel de Lauzun, construit sur l'île Saint-Louis à Paris, par Charles Gruyn des Bordes.

Où (co-)habitèrent Charles Baudelaire, (de 1843 à 1845, au 3e étage) et le peintre Joseph Ferdinand Boissard de Boisdenier, (au 2e), appartement où se tenaient les séances mensuelles réunissant écrivains, artistes et médecins, dont Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, Gérard de Nerval ou Eugène Delacroix.

Théophile Gautier a laissé un récit célèbre de ces soirées, qui a largement contribué à la légende du groupe.

facebook.com/watch (4'35)

En 1928, la ville de Paris fait l'acquisition de cet hôtel et depuis, le lieu sert de cadre exceptionnel pour des dîners officiels, des concerts, des tournages de films.

L'institut d'études avancées de Paris s'y installe en 2013.

Et Ljubljana dans tout ça ?…


II.Balade dans l'espace

En 2010, le voyage annuel AMO (Architecture et Maîtres d'Ouvrage, initiée par le Préfet de Région Jean Pierre Duport) nous conduisit à l'initiative d'un de ses Vice-Présidents, l'architecte Christian Laroche, à Lubjana et à Graz, deux villes à l'échelle humaine, fières de leur histoire, peu connue ici, sans aller jusqu'au plus ancien monastère cistercien encore en activité : l'abbaye de Rein…


Ljubljana

Capitale de la Slovénie.

Ljubljana

Plus grande ville du pays avec environ 280 000 habitants, elle est influencée tout au long de son histoire par différentes cultures du fait de sa position géographique charnière entre les cultures germanique, latine et slave.

Depuis 1991, la ville est le centre économique et culturel principal de la Slovénie, devenue indépendante de la Yougoslavie.

Sa position centrale entre l'Autriche, la Hongrie, la région vénitienne en Italie et la Croatie a fortement influencé son histoire.

En 1895, la ville, qui abrite 31 000 habitants, est victime d'un important tremblement de terre de magnitude 6,1 sur l'échelle de Richter.

Composée d'environ 1 400 bâtiments, la ville voit 10 % de ceux-ci détruits.

La reconstruction qui suit voit plusieurs quartiers de la ville se reconstruire en style Art nouveau, ou Sécession viennoise

Joze Plecnik (1872-1957) est un architecte slovène dont l'œuvre est particulièrement originale.

Elève d'Otto Wagner à Vienne, où il a travaillé, ainsi qu'à Prague et bien évidemment à Ljubljana où son œuvre ne passe pas inaperçue.

Le triple pont construit entre 1929 et 1932 est particulièrement marquant car il fait la jonction entre la Vieille Ville et la ville du XIXe siècle. Plecnik a eu l'idée faussement simple d'entourer deux nouvelles travées le pont central qui remontait à 1842 et qui était devenu insuffisant pour le trafic.

Palais de la Sécession à Vienne 1897
Jose Maria Olbrich

« À chaque époque son art
À chaque art sa liberté. »

Banque coopérative 1921

Maison Hauptmann 1873

En dépit de l'apparition de grands immeubles surtout en périphérie de la ville, Ljubljana garde intact son centre historique où se mélangent les styles architecturaux baroque et Art nouveau.

Église de San Michele

Église de San Michele. Photo : Matevž Paternoster (2018) ©Musée et galeries de Ljubljana

La ville est fortement influencée à la mode autrichienne, dans le style des villes de Graz et de Salzbourg.

Bibliothèque universitaire de Ljubljana

Bibliothèque universitaire (1936-1941) Photo : Matevž Paternoster ©Musée et galeries de Ljubljana

Vous devez absolument connaître Plecnik avant de visiter Ljubljana (7'25)

Université de Ljubljana

L'université de Ljubljana, la plus importante du pays, fut fondée en 1919.

Aujourd'hui, elle est composée de 22 facultés, de trois académies et d'un collège.

Celles-ci proposent des cours en slovène dans de nombreuses matières comme la médecine, les sciences appliquées, les arts, le droit et l'administration.

La population étudiante de l'université est proche de 64 000 étudiants et le corps enseignant est fort d'environ 4 000 membres.

Eglise orthodoxe Lubjana

Eglise orthodoxe Lubjana


Graz

Deuxième plus grande ville d'Autriche

Avant Linz, Salzbourg, Innsbruck, située à 145 kms au Sud Est de Vienne, à l'entrée de la vallée fertile de la Mur. (Prononcez l'amour…)

Elle est la capitale du Land autrichien de Styrie

Son nom est dérivé du mot slave « gradec » qui signifie « petite ville ».

Au XVe siècle, elle a été choisie comme résidence des Habsbourg, la puissante famille royale d'Autriche, et a joué un rôle clé en tant que centre administratif et militaire.

Les nombreuses constructions de cette époque, comme le Schlossberg avec sa tour de l'Horloge

Cette colline située en plein centre-ville offre la vue la plus célèbre sur les toits rouges et la tour de l'horloge (Uhrturm), symbole de la ville.

Crédit photo : Flickr — Marco Verchaiguille

Particularité étonnante : sa grande aiguille indique les heures tandis que la petite indique les minutes ! 266 marches à monter ou essayer le funiculaire ouvert au XIXe siècle.

Le Schlossberg et l'armurerie (Landeszeughaus) de Styrie, témoignent de l'importance de la ville.

Landeszeughaus

Pendant plusieurs siècles, la Styrie a été en confit avec l'Empire Ottoman. Graz ne comptait pas d'armée professionnelle ; en cas d'attaque, les habitants se rendaient dans l'armurerie pour s'équiper.

32 000 objets sont exposés dans l'armurerie, sur quatre étages

Durant la Renaissance et le Baroque, Graz a prospéré culturellement et économiquement, avec la fondation de l'université de Graz (ex collège jésuite) en 1585, l'une des plus anciennes universités d'Autriche. Elle en compte 3 aujourd'hui.

En 1619, à l'arrivée sur le trône de l'empereur Ferdinand II, la cour est transférée à Vienne et Graz perd son statut de résidence impériale mais les artisans et artistes italiens, restés à Graz, ont continué à développer l'architecture bourgeoise de la ville, donnant naissance à de nombreux palais.

Mausolée de Ferdinand II

Rencontre entre le maniérisme autrichien et le baroque italien, la mausolée, conçu par l'architecte italien Giovanni Pietro de Pomis, est couplé à l'église Sainte-Catherine.

Au début du XIXe siècle, Graz réussit à repousser l'assaut des troupes napoléoniennes mais en 1809, lors du traité de Vienne, Napoléon exigea le démantèlement de la forteresse de Graz (Schlossberg) transformée en parc et qui constitue désormais l'un des poumons verts de la ville.

La rive droite de Graz, très industrialisée, fut la cible de bombardements pendant la Seconde Guerre mondiale tandis que le centre historique fut relativement épargné.

Le statut de capitale européenne de la culture obtenu par la ville en 2003 a permis à Graz de se moderniser, c'est aujourd'hui une ville jeune et dynamique qui compte 300 000 habitants (630.000 pour l'aire urbaine) dont 70 000 étudiants.

La cathédrale

Crédit photo : Wikimedia Commons — Taxiarchos22

La cathédrale est considérée comme l'un des monuments les plus importants tant sur le plan historique que culturel et artistique de la ville autrichienne de Graz, dans le land de Styrie.

Elle est dédiée à saint Gilles l'Ermite, Saint patron des infirmes, des mendiants et des forgerons

L'édifice, de style gothique tardif, a été construit au XVe siècle, sous le règne de l'empereur Frédéric III.

De l'extérieur cette cathédrale ne paie pas de mine, mais l'intérieur est somptueux et richement décoré.

La nef centrale, haute et lumineuse, présente des murs enduits et des nervures en stuc sur les voûtes, tandis que la lumière du soleil pénètre par de hautes fenêtres en lancette.

Château de Eggenberg

Le palais d'Eggenberg est l'un des plus importants palais baroques d'Autriche qui impressionne autant par ses salles richement décorées que par ses jardins et ses paons.

Crédit photo : FOSO-ART

Créé par l'architecte Giovanni Pietro de Pomis, entre 1625 et 1656, il est le plus grand château de Styrie, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Sa construction est étroitement liée à la mesure du temps, il compte :

  • 365 fenêtres (comme les jours de l'année)
  • 31 pièces à chaque étage (comme les jours du mois)
  • Les 24 salles d'apparat (comme les heures) sont dotées de 52 portes (comme les semaines de l'année)
  • 4 tours d'angle évoquent les saisons

A l'intérieur de ce château, plusieurs musées et surtout d'impressionnantes salles d'apparat.

Credit photo Pedro J Pacheco

La disposition du plan du château d'Eggenberg correspond presque exactement à celle du Palazzo Thiene, résidence urbaine d'Andrea Palladio, tandis que l'aspect extérieur, malgré les énormes différences de dimensions, rappelle étonnamment le monastère-palais Escurial près de Madrid.

L'escalier à double spirale

On y trouve un étonnant double escalier à spirale.

structure en pierre, dans la cour intérieure du château, composée de deux escaliers séparés qui s'enroulent autour d'un axe central.

Les spirales montent dans des directions opposées, ne se croisant que sur les paliers de chaque étage où elles se rencontrent brièvement avant de poursuivre leurs chemins indépendants.

L'Empereur Frédéric III a ordonné la construction de cet escalier en 1499 lors de l'expansion gothique du château au cours du XVe siècle.

Les deux escaliers fonctionnent comme des chemins complètement indépendants, permettant à deux personnes de monter cote a cote, dans des spirales séparées, sans aucun contact visuel jusqu'à atteindre un palier.

La rive droite

Jadis, on y trouvait des installations industrielles qui ont été grandement détruites pendant la Seconde Guerre mondiale et le quartier a longtemps été délaissé par les habitants.

Dans les années 2000 et notamment en 2003 lorsque Graz a été désignée Capitale européenne de la Culture, plusieurs projets d'urbanisme ont permis de redynamiser ce quartier qui est aujourd'hui la zone « tendance » de Graz.

La rivière qui traverse la ville s'appelle la Mur, prononcez « Mour » ce qui donne donc, en français, l'amour !

Le musée d'art contemporain

architecte : Peter Cook

Etrange bâtiment à l'architecture insolite…

A Graz, on le surnomme « friendly alien » (gentil extra-terrestre) !

Il s'agit du Kunsthaus, la Maison d'Art, un centre d'art contemporain, construit en 2003, où se trouve une brasserie, une boutique et bien sûr des expositions d'art.

L'équipe d'architectes a choisi une expression architecturale innovante dans la mouvance de ce qu'on appelle la « blob architecture » qu'ils plongent dans un contexte architectural du XIXe siècle des faubourgs de la Mur.

L'île flottante

Crédit photo : Flickr — Riessdo © Graz Tourismus, Nicolas Galani

Symbole de la modernité de Graz, cet étrange coquillage posé sur la Mur est une œuvre d'art réalisé par l'artiste New-Yorkais Vito Acconc qui relie les deux rives de la ville grâce à des passerelles.

A l'intérieur, on y trouve un amphithéâtre, un café et une boutique.

L'Opéra de Graz

© C.Stadler/Bwag PR & Marketing Oper Graz

L'Opéra de Graz (Opernhaus Graz) est un ensemble architectural de style néo-baroque qui se trouve dans le centre de Graz.

Il fut construit en 1899 selon les plans du Büro Fellner & Helmer (de) en tant que théâtre à l'italienne.

C'est le second plus grand opéra d'Autriche, après l'opéra d'État de Vienne.

L'inauguration a lieu le 16 septembre 1899.

En 1906, Richard Wagner présente pour la première fois Salome au Graz.

Que voir à Graz ? (7'25)


III.Encore une balade : l'Abbaye de Rein

L'abbaye de Rein, fondée en 1129, est la plus ancienne abbaye cistercienne en activité, située à environ 15 kms au nord-ouest de Graz, en Styrie, n'ayant connu qu'une brève interruption entre l'Anschluss et la fin de la Seconde Guerre mondiale.

L'abbaye est la 38e fondation cistercienne, et sa création date donc des tout débuts de l'ordre, fondé en 1098

La communauté a été établie à partir de moines venus de l'abbaye d'Ebrach, elle-même rattachée à la filiation de Morimond, une des 4 filles ainées de Citeaux, comme Clairvaux (voir Petit Papier numérique n° 13 du 13 juin 2026)

Cette origine la place dans le vaste réseau cistercien qui a essaimé à travers l'Europe médiévale.

Dacanecdote : Sur le plan commercial elle est plutôt en avance sur son temps car : « …dès le milieu du XIIe siècle, elle vend ses produits agricoles, et son vin, dans une boutique de la ville de Graz sous l'enseigne : « A la coule grise ». (La « coule » est un vêtement monastique à large manches portés par les moines au Moyen Age)

« Les abbayes cisterciennes » Jean-François Dhuys, Henri Gaud — Ed. Place des victoires, p. 110

L'ensemble architectural conserve un noyau ancien, mais il a été profondément remanié à l'époque baroque, ce qui donne au site son caractère monumental actuel.

La basilique, la bibliothèque et les espaces conventuels témoignent de cette stratification entre héritage médiéval et embellissements modernes. Cette superposition des époques est typique des grands monastères restés actifs sur la longue durée.


IV.Dacécoute : « La balade des gens heureux » Gérard Lenorman et Petula Clark 1975

La balade des gens heureux


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